POURQUOI RENONCER A LA MAGIE ?
Posted By Eléazar on 29 août 2010
Voilà une question qui aurait bien du mal à trouver une possible explication en quelques lignes seulement, s’agissant d’un processus évolutif intérieur de bien grande ampleur et muri sur le long terme.
On se lance souvent, pour une aventure de plusieurs millénaires de réincarnations, dans le monde de la magie, parce qu’on perçoit la vie comme ayant certaines choses en excès à éliminer, ou en défaut à lui ajouter. On interfère ainsi dans son encours en fonction du jugement que l’on porte sur le monde, l’estimant imparfait au regard de notre propre « imperfection » tel qu’on entend habituellement ce terme, donc en fonction de soi, et non dans un regard d’absolu détachement. Cela signifie que par la mise en application de l’effet miroir tout-à fait classique dans le phénomène de l’appréhension mentale d’une situation, on ne fait que projeter sur la vie (comme on le fait sur les gens) nos propres manquements, nos propres excès, quelle que soit la qualité de la vie, non pas en terme de confort, mais en terme de force évolutive. C’est ce qui rend si agréable ou désagréable une réalité collective d’ailleurs.
En résumé, celui qui pratique la magie, à quelque degrés que ce soit, le fait souvent pour lui-même, pour sa propre position au sein du monde qu’ainsi il partage avec d’autre, plutôt que d’oeuvrer pour que ce monde partagé s’améliore… pour tous. Il agit pour obtenir ou se débarrasser de quelque chose à titre personnel; ce quelque chose pouvant être un bien matériel, un avantage ou un désavantage, un pouvoir ou une entrave, une réponse, un souvenir, une autre perception de la vie dans une tentative de modelage de la forme prise par la réalité, etc., tout aussi bien que quelqu’un, mais alors toujours dans un sentiment d’appropriation ou de rejet, plutôt que dans un esprit de service désintéressé bien évidemment.
Une expérience ne cesse que rarement avant que plusieurs tours de la question en rapport ait été faits, surtout s’il y a à la clef quelque chose à y gagner pour le mental ou pour l’ego (là, le pouvoir en l’occurrence). Au bout du compte, si l’âme accepte d’apprendre de son champ d’expérience au cours de ses multiples incarnations destinées en partie à l’explorer, tantôt en déjouant les pièges, tantôt en s’y enfouissant, elle finit par comprendre que son apparent contrôle du monde, opéré par sa maîtrise de l’art magique, n’aura finalement servi qu’à une seule et unique chose: aboutir au même résultat que si elle n’en avait jamais usé, à une différence près toutefois. Outre le bénéfice de l’expérience elle-même, elle aura, dans son manque de compréhension, violé la nature à outrance et causé à de multiples niveaux autant de souffrances aux âmes qui l’auront entourée qu’à elle-même.
Le renoncement à la magie intervient au moment même de la compréhension que tout est magie et que rien au monde ne peut y échapper, car le moteur de la magie en tant que telle, sur un plan tant individuel que cosmique, c’est la mise en application constante du plan Divin Lui-même dans lequel chacun s’inscrit et auquel nul ne peut échapper non plus, forcément. C’est aussi la raison pour laquelle, arts magiques ou non, le point d’aboutissement est le même: celui prévu par le plan Divin, quoi que l’on fasse, ce qui inclut la vaine tentative de s’y opposer. Il existe seulement des chemins plus longs que d’autres, tant dépendant du degrés de révolte contre l’ordre des choses durant le cheminement, que de la hauteur de l’orgueil de l’âme exigeant de se substituer à cet irrépressible ordre des choses. Chacun a néanmoins le choix de son chemin. Chacun a tout autant le droit de vivre son cheminement, en interrelation étroite avec celui d’autrui, dans la souffrance d’autrui d’abord, puis de la sienne propre ensuite, inévitablement, mais alors non sans les conséquences en rapport et leurs responsabilités obligatoirement assumées à un moment ou un autre.
Au stade ultime, le magicien obsédé par sa pratique et obstiné dans a quête du pouvoir sur les choses, les gens, et les événements, ne faisant finalement plus oeuvre que de la magie du karma, soit s’englue parfois définitivement dans sa logique de tentative d’échapper aux conséquences en rapport en devenant l’esclave et la proie de ce fonctionnement substitutif systémique, de la magie elle-même en tant que le moyen, et du karma en tant que résultat qui y est naturellement associé, soit il s’en libère tout aussi définitivement par le renoncement total. En fonction de sa capacité de compréhension, il peut bien évidemment renoncer beaucoup plus tôt à son apparent pouvoir sur les choses, mais il n’existe qu’un seul et unique avenir au magicien dès lors qu’il le devient: le renoncement à la magie, car c’est aussi le seule et unique avenir de la magie elle-même!
Ce renoncement peut prendre deux formes distinctes qui finiront forcément par se rejoindre tôt ou tard:
- la sortie du cadre de toute magie,
- l’entrée dans le giron de la magie initiatique.
Les deux possibilités se rejoindront car comme nul ne peut échapper au plan Divin, nul ne peut donc non plus échapper à la magie puisque la simple pensée ou émotion émise, qu’elle soit consciente ou non, le simple regard porté sur une chose, modifie le champ de manifestation en rapport et la réalité qui l’accompagne, dans la constante altération de son continuum. Si cette loi immuable devient consciente et exprimée de façon évolutive pour soi comme pour tous; si, à force de pénétrer plus profondément dans le champ de l’expérience en rapport, nous parvenons ne serait-ce qu’à une aspiration sincère à la maîtrise du phénomène, alors nous entrons de même dans le giron de la magie élevée à son plus haut degrés de réalité: sa qualité « initiatique » ; nous entrons dans le royaume intérieur et extérieur à la fois par répercussion, de l’Archimagie.
Le renoncement à la magie, soit-elle blanche du blanc le plus pur, est une mort initiatique à ce stade, une mort alchimique et transformatrice. C’est entrer dans la cessation mentale d’une opposition contradictoire au plan Divin, dans une stase matricielle intérieure faisant renaître le renonçant authentique à une réalité insoupçonnée, le conduisant vers la magie la plus ultime si son renoncement a été le plus sincère du monde, donc souvent effectué, par le passé du moins, dans l’ignorance même de la nature des conséquences de cette intention manifestée. En somme celui qui renonce à tout, obtient tout, mais ce renoncement implique la parfaite maîtrise de la peur mentale liée au sentiment de la perte illusoire du contrôle. Celui qui se sera investi jusqu’à la mort de l’âme dans la quête du pouvoir absolu n’aura jamais su que le pouvoir ultime aura toujours résidé dans son renoncement même ; s’en éloignant d’autant qu’il aura toujours pensé s’en rapprocher. C’est en cela que le Magicien Initiatique accompli est à la fois et à la perfection le scribe, le transcripteur, et l’exécuteur du plan Divin car même les étoiles lui obéissent… Il n’existe plus de distance alors entre sa volonté et le plan Divin universel, s’agissant d’une Volonté unique inscrite dans l’ordre universel des choses. Si un simulacre de renoncement est néanmoins effectué dans l’attente consciente ou non de ce résultat, il ne sera bien évidemment jamais obtenu car le renoncement est aussi celui à tout attachement, seule condition à l’obtention du tout, non en se l’accaparant, mais en faisant indivisiblement corps avec lui, passant dès lors de « l’avoir » à « l’être ».
La magie, au sens commun du terme, n’est qu’un reflet, un rêve, un cauchemar déguisé, une corruption de l’harmonie, une perte de l’identité propre de celui qui en fait usage, un piège, un gouffre sans fond, une pure illusion.











